25.03.2008
La Nouvelle Origine - Conversation entre Philippe Lemoine et Richard Collin

Un Jeudi de Mars en soirée rencontre avec Philippe Lemoine au siège de Laser. S'en suit une conversation autour de son ouvrage " La Nouvelle Origine "
La conversation en audio + extrait de l'interview en texte
" Le titre du livre "La Nouvelle Origine ", est inspiré de Heidegger qui disait qu'il fallait que l'on cesse de croire que l'origine était derrière nous, mais que l'on ose penser que l'origine était devant nous, que c'était à nous de la construire (...) L'humanité de la renaissance (...) Descarte est mort (...) Tu existes donc je suis "
" Les Politiques ont un rôle important à jouer s'ils savent travailler leur authenticté (...) Il est necessaire de construire de liens inter-générationels (...) La France a une Histoire (...) Ce qui est de plus universel aujourd'hui c'est ce qui est ancré (...) Le terme individu de la modalité classique est de plus en plus remplacé par le terme de personne (...) Toute personne peut avoir un comportement d'entrepreneur (...) Aujourd'hui, il faut abolir la vision que l'entreprise type c'est la grande entreprise ! (...) Un entrepreneur c'est quelqu'un qui prend des risques, qui fait preuve d'audace (...) Tout grand cycle économique doit être porteur d'une idée forte, d'une finalité, d'un horizon (...) L'époque industrielle a su se donner un horizon, qui est la démocratisation du beau (...) Quel peut être l'équivalent pour l'économie numérique ? (...) L'idée, c'est qu'on peut faire plus que de permettre à chacun d'accéder au beau, on peut permettre à chacun de participer à la création et de devenir un créateur ... "
" Quand Apple lance son iPod, il mise sur un design qui a un sens, une signification (...) Arriver par le design à faire des objets esthétiques, simples, plats, intuitifs, faire de vous le maître du monde (...) l'économie de l'immatériel, se traduit en termes financiers par le fait que les entreprises échappent peu à peu à la dictature des marchés financiers et à la "création de valeur pour l'actionnaire", défini par rapport secteur. Aujourd'hui il y a une prime à l'originalité."
"Peu d'entreprises se définissent comme innovantes ... D'ici à 3 ans, on peut arriver à avoir 100 000 entreprises très innovantes avec des business modèles fondés sur les technologies de l'information ... Le mouvement peut se faire très rapidement ... Aujourd'hui les projets de créations d'entreprises ou de reprises sont plus patrimoniaux que entrepreneuriaux ... "
" La connaissance académique et scientifique fait une grossière erreur en essayant de promouvoir ses concepts en ne sachant pas les humaniser ... c'est l'incarnation de la connaissance qui compte (...) Un livre assez criminel dans l'histoire française est celui d'Alain Renaud et de Luc Ferry " la pensée 68 " , où les auteurs essayent de dégommer ce qui a été la pensée Française de la différence, et cela fut extrêmement pénalisant car on a vécu ensuite un consensus sur le fait qu'il fallait tourner la page de 68 ... Mais on a pas arrêté de la tourner, et de la (re)tourner ... La vérité, est que cette pensée de 68 avait vivifiée des tas de choses dans beaucoup d'autres pays, et aussi d'un point de vue de la recherche informatique ... D'ailleurs le concept Web 2.0 a eu un succès en France pour cela ... "
+ " Les dirigeants doivent quitter la "théorie du soleil" ... Tout doit reposer sur la construction d'énergies humaines renouvelables basées sur l'échange, sur l'énergie créatrice ... "
L'integralité de l'interview en vidéo
(Nous tenons à nous excuser pour la qualité de la vidéo. Nous avions opté pour une ambiance tamisée lors de l'interview, qui offre malheureusement, une trop faible luminosité pour assurer un visionnage confortable. Mais ce moment fut tellement agréable et lumineux dans l'échange, que nous vous la mettons, tout de même, à disposition )
Conversation autour du Livre de Philippe Lemoine " La Nouvelle Origine" avec Philippe Lemoine et Richard Collin de Nextmodernity from usages 20 on Vimeo.
Philippe Lemoine, 57ans, est président-directeur général de LaSer et président du Forum d'Action Modernités . Tour à tour chercheur, informaticien, fonctionnaire et membre de cabinets ministériels, dirigeant d'un groupe de commerce, membre de la CNIL, président de la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING) il a sans cesse poursuivi une réflexion sur les questions de technologie et de société. Il préside le Comité Economie Numérique du Medef.
Le livre "La nouvelle Origine" sur Amazone
13:05 Ecrit par La bibliothèque NextModerne dans Innovation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : "La Nouvelle Origine, Philippe Lemoine
19.03.2008
Michel Sauquet : L'intelligence de l'autre
Prendre en compte les différences culturelles dans un monde à gérer en commun
Michel Sauquet, Directeur de l'Institut de recherche et débat sur la gouvernance (IRG), avec la collaboration de Martin Vielajus
Editions Charles Léopold Mayer
Interview Catherine Fournier-Montgieux pour Nextmodernity
« La mondialisation n’est pas une mise au pas » rappelez-vous aujourd'hui en introduction de votre ouvrage, comment décrire et analyser cette notion particulièrement complexe « d’appartenance culturelle » ? Comment la reconnaître, comment la préserver ?
L’appartenance culturelle est en soi une belle notion, qui se rapproche de celle, proposée jadis par Pierre Bourdieu, d’habitus, façon dont les structures sociales s'infiltrent spontanément et très durablement à l’intérieur des esprits et des corps. Ce sont des manières d'être, de raisonner et d’agir communes à plusieurs individus de même origine, résultant de l'incorporation inconsciente des normes et pratiques véhiculées par le groupe d'appartenance. Communes à vous et moi en quelque sorte.
Mais c’est aussi une notion qui peut être ambiguë et dangereuse. Ambiguë parce qu’elle s’apprécie souvent par la simple comparaison avec les autres zones d’appartenance, et parce qu’elle procède d’images mentales, de mises en catégories, de stéréotypes, de préjugés : ma représentation des Allemands est qu’ils sont carrés, des Japonais qu’ils sont mystérieux, etc. et tout cela, naturellement, en fonction de mes propres critères et des « on-dit » récoltés ici ou là. Dangereuse parce qu’elle peut mener tout droit, au moins dans les sociétés multiculturelles, au communautarisme, aux replis, aux ghettos identitaires qui se constituent en Europe ou aux Etats-Unis, à des fractures ethniques croissantes en Inde ou en Afrique.
Notons aussi que, dans le contexte actuel de la mondialisation, du développement de la mobilité et des échanges, l’appartenance culturelle est souvent une multi-appartenance. Nous vivons une époque de croisement des cultures et d’influences réciproques. De même que beaucoup d’individus sont dotés d’identités multiples, de même l’appartenance culturelle des groupes humains est souvent loin d’être monolithique.
C’est pourquoi d’ailleurs l’idée de « préservation des identités culturelles » ne m’excite pas outre mesure. Je crois que l’urgence est bien davantage au dialogue entre les cultures, à leur fécondation mutuelle qu’à leur simple préservation, un objectif qui peut friser la muséologie.
Vous égratignez, avec bienveillance mais sans complaisance, beaucoup d’idées reçues, notamment sur nos valeurs : nos « valeurs universelles » et « cultures d’entreprises », l’une comme l’autre ne seraient pas au service de nobles ambitions comme on pourrait le croire mais plus naturellement des prétextes pour des stratégies d’uniformisation et de domination …
La seule valeur qui me paraît universelle est celle de la prise en considération de l’être humain (ou pour certaines civilisations plus intéressées par le « nous » que par le « je », des groupes humains). La reconnaissance de la spécificité de l’homme, des hommes, du prix de la vie et de sa capacité créatrice. En précisant que, pour certains, ceci ne veut pas nécessairement dire une supériorité sur les autres représentants du règne animal et sur ceux du règne végétal.
Sorti de là, je pense erroné de croire que les valeurs issues du siècle des Lumières – auxquelles j’adhère personnellement pleinement – sont des valeurs universelles. Dans d’autres cultures, et selon les cas, les grands principes qui sont pour nous des évidences – la liberté, l’égalité, le statut de l’individu-citoyen, la valeur-travail, etc. n’ont tout simplement aucun sens. Inversement nous n’avons aucune idée de ce que peut, ailleurs, signifier la solidarité intergénérationnelle, le sens de l’honneur, la spiritualité. On a beaucoup critiqué les excès et le principe même des processus de colonisation de l’Afrique et de l’Amérique du Sud, on a dénoncé l’alliance du sabre et du goupillon, pointé l’hypocrisie des discours « pacificateurs » et « civilisateurs », mais les choses ont-elle fondamentalement changé aujourd’hui ? Je n’en suis pas certain lorsque je vois, par exemple, la politique des institutions financières internationale et leur invention du slogan de « bonne gouvernance », critère d’allocation de l’aide dans les pays du sud, qui n’exige pas moins qu’une stricte et superficielle conformité à des modèles constitutionnels occidentaux très mal adaptés aux cultures locales. Un seul exemple : la Constitution française, qui place l’individu au cœur du système politique, a été purement et simplement recopiée par de nombreux états africains, au moment des indépendances, dans un continent où la communauté, le collectif, sont autrement importants que l’individu.
Quant à la culture d’entreprise, elle est d’un universalisme inouï dans les firmes « globalisées », les multinationales, les entreprises qui délocalisent. Un ancien président d’IBM Europe déclarait il y a quelques années : que « pour survivre en milieu international, il faut créer une culture d’entreprise. Les mêmes principes de base, les mêmes méthodes de travail, les mêmes objectifs. Tout ceci crée un terrain d’entente qui rassemble, qui fédère. Une de nos règles de réunion chez IBM, par exemple, était de ne parler que travail. ». Et un autre manager d’une firme informatique, Hewlett Packard France, n’hésitait pas à affirmer : « on peut considérer le HP way comme une culture d’entreprise qui se substitue à toutes les autres dans la société ». Tout est dit, même si les habitudes locales sont parfois prises en compte, croisées avec ce que Armand Mattelart appelle les « schémas apatrides des sciences de la gestion ». C’est ce que l’on désigne habituellement sous le vocable de « métissage managérial », généralement limité aux aspects les plus superficiels desdites cultures locales : sur le plan du marketing, la constatation que l’impact d’un message publicitaire n’est pas forcément le même d’une culture à l’autre, d’une « communauté de consommateurs » (consumers community) à l’autre, amène à promouvoir, dans le domaine commercial, l’idée de l’adaptation des slogans aux particularités locales. Mais on est ici bien davantage dans le registre de la recherche de meilleurs profits, ce qui est d’ailleurs la règle du jeu de l’entreprise, que dans celui du dialogue interculturel…
Peut-on d’ailleurs parler de problématique spécifique de l’expatrié ?
Oui. Qu’il s’agisse des expatriés dans les entreprises multinationales ou délocalisées, des coopérants et assistants techniques de l’aide internationale, des personnels de l’humanitaire, on voit tous les jours à quel point l’intelligence de la culture de l’autre, l’abandon de ses propres kits méthodologiques, la construction d’un vrai dialogue est chose difficile. Les expatriés adoptent souvent les aspects culturels les plus apparents de leur pays d’accueil, apprennent quelques bribes de la langue pour s’en sortir avec les chauffeurs de taxi (ou même l’apprennent très bien), font des fêtes « à la locale » mais, oubliant que la culture n’est pas que mode de vie mais aussi mode de pensée, ils imposent leurs propres méthodes et leurs propres rythmes dans le quotidien du travail. Pour beaucoup d’entre eux, le fait de voyager ou d’avoir voyagé vaut connaissance, la culture n’est que dans les couleurs, les saveurs et les sons, mais pas dans les modes de faire. Je connais bien cette dérive pour l’avoir pratiquée moi-même en Afrique et en Amérique latine il y a de nombreuses années.
Vous évoquez l’apprentissage, plus ou moins approfondi, de la langue du pays d’accueil. La langue exerce-elle en elle-même une influence sur les comportements ?
Une langue n’est pas une simple juxtaposition de mots, venant les uns après les autres et indépendants les uns des autres. La plupart des langues de notre planète sont construites suivant une architecture plus ou moins sophistiquée, avec une la morphologie plus ou moins complexe suivant les langues, certaines – l’anglais – ayant un système de mots plutôt courts, d’autres, comme l’amharique, langue éthiopienne, sur laquelle j’ai beaucoup transpiré, agglutinant autour d’une même racine un luxe de préfixes, de suffixes, d’interfixes permettant la déclinaison des verbes, l’indication du masculin, du féminin, de l’attributif, etc., d’autres enfin, comme l’Allemand, accolant des mots que le français sépare. Il y a aussi des différences d’ordre sémantique : ce que les mots veulent dire, les représentations auxquels ils renvoient, la manière dont les mots ne se comprennent qu’en articulation avec les autres. C’est le cas notamment de la langue chinoise, où les caractères ne prennent sens que les uns par rapport aux autres. L’exemple du chinois comme celui de l’arabe ou même, après tout, de l’anglais me paraît poser une question essentielle : comment l’enracinement dans des langues aux lois aussi différentes que celles du français n’influerait-il pas non seulement sur la pensée, mais aussi sur la manière de découper la réalité, sur les méthodes de travail ? C’est une question qui m’a toujours interpellé. Je suis conscient que, formulant cette question, cette intuition, je réagis avec les outils de ma culture gréco-judéo-chrétienne, qui a une forte tendance à lier langage et pensée, parole et action (la Bible nous rappelle qu’« au commencement était le Verbe », et en grec « logos » veut dire à la fois langage et pensée). Je sais aussi que la réalité du XXIème siècle n’est pas sans infirmer cette idée dans certains cas, puisque les Américains ne travaillent pas comme les Anglais, encore moins comme les Indiens ou les Sud-Africains, et puisque les Français ne travaillent pas comme les Suisses ou les Québécois. Je pense malgré tout que si les univers mentaux et culturels des peuples s’expriment dans leurs langues respectives, celles-ci influencent à leur tour leur vision du monde, leur manière de raisonner et de travailler. L’existence ou non des formes passées et futures des verbes signe une certaine conception de la progression de la vie et du travail. Plusieurs langues du sud-est asiatique n’ont pas l’équivalent de notre passé et de notre futur ; la langue arabe a un temps passé, mais réunit dans une forme commune, avec des auxiliaires, l’inaccompli, le présent et le futur, etc. La langue arabe, étroitement connectée à l’islam (son standard le plus sûr se trouvant dans le Coran) insiste toujours sur la nécessité de transcender l’expérience humaine, et de s’en remettre à Dieu pour le futur.
« Un temps durable est un temps partagé », dites-vous en citant cette belle phrase de Ost . Le temps non plus n’est pas un concept anodin Le temps est-il un enjeu de pouvoir et un enjeu de société ?
De toutes les sources de malentendus entre les cultures, le temps me paraît le plus central. Cet universalisme, cette prétention à croire que nos valeurs, nos représentations et nos pratiques sont valables pour le monde entier, s’applique avant tout au temps. Comme des éléphants dans un magasin de porcelaine, les Occidentaux, dans leurs manières de travailler, de négocier, de (croire) dialoguer, ont une fâcheuse tendance à imposer leur temps aux autres, sans chercher à savoir si ces autres ont la même manière de gérer leur temps. C’est un très vaste sujet ; je ne donnerai que deux exemples.
Dans ma vie professionnelle, j’ai souvent remarqué, avec des partenaires chinois ou arabes, que là où ma tendance était de commencer par les sujets les plus importants pour reléguer en fin de dialogue les plus accessoires, au risque de les voir délaissés, la leur était inverse. Mais l’inverse interdit bien entendu d’accélérer le mouvement et de ne pas laisser la discussion se produire jusqu’au bout. Ainsi le Français risque-t-il non seulement de déduire hâtivement que son interlocuteur, d’après la manière dont il commence, n’a pas grand chose d’important à dire, mais aussi et surtout d’interrompre trop tôt le dialogue, de ne pas laisser à l’autre le temps de dépasser le discours introductif, alors qu’il n’a pas encore pu aborder l’essentiel. Les différences dans les délais de réaction réciproque compliquent encore le problème ; les Occidentaux ont souvent tendance à réagir de manière expéditive, du tac au tac, sans laisser à l’interlocuteur le loisir d’intérioriser sa réponse, d’où de fréquentes maladresses.
Autre exemple : il y a une quinzaine d’années, j’ai été convié, dans une banlieue parisienne très cosmopolite, à une animation d’une équipe locale d’une ONG humanitaire. L’objectif était de sensibiliser aux questions de développement au Mali, et de recueillir les fonds pour soutenir un projet dans ce pays. Une conférence était organisée l’après midi, avec quelques Maliens. Il était convenu que, pendant ce temps, leurs femmes prépareraient les plats de riz, de mil et de poisson, avec leurs sauces épicées et les apporteraient pour le point d’orgue de la journée, le vrai moment de dialogue interculturel, un dîner de « confraternisation » entre la communauté malienne, la communauté française et les autres. Le dîner était prévu à sept heures du soir. A sept heures quinze, les femmes n’étaient pas arrivées. A huit heures, toujours rien, sinon des messages suivant lesquels ce ne serait plus très long. A neuf heures, la plupart des gens étaient partis. A dix heures les femmes sont arrivées, tout heureuses. Elles avaient mis tout le temps nécessaire à une bonne cuisson, travaillé toute l’après midi en se souciant moins du temps qui passe que des exigences d’une cuisine réussie, mais… il n’y avait plus un Français. Quels malentendus, quelles erreurs de programmation, quelle ignorance mutuelle des contraintes des uns et des autres peuvent expliquer ce raté, je ne sais. Mais un tel épisode n’illustre-t-il pas les conséquences de différences de conceptions du temps qui mène, par exemple, des militants tiers-mondistes à faire « pour », mais… sans ?
Michel Sauquet
Directeur - Director
Institut de recherche et débat sur la gouvernance (IRG)
Institute of research and debate on governance (IRG)
www.institut-gouvernance.org
http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Sauquet
Editions Charles Léopold Mayer www.eclm.fr
18:25 Ecrit par La bibliothèque NextModerne dans Communication / Psycho , Développement / "Humanitude" , Interviews d'auteurs , Prospective , Sociologie / Anthropologie / Philo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mondialisation, cultures, humanitaire, dialogue interculturel
10.03.2008
CH Besseyre des Horts : L'entreprise mobile
Comprendre l'impact des nouvelles technologies
par Charles-Henri Besseyre des Horts, Chair Professor HEC-Toshiba "Mobilité & Organisation"
Editions Pearson, Village Mondial
Interview Catherine Fournier-Montgieux pour Nextmodernity
Comment définir "L'entreprise mobile" et quels sont les nouveaux outils dont elle dispose aujourd'hui ?
Pour répondre à cette question il faut d'abord rappeler que l'entreprise traditionnelle est fondée sur des modèles d'organisation où la hiérarchie et la spécialisation des activités sont des dimensions essentielles. Ce qui distingue, selon moi, l'entreprise mobile de l'entreprise traditionnelle c'est sa capacité d'adaptation permanente de ses structures et de ses processus la conduisant à être beaucoup plus agile pour répondre aux demandes de plus en plus pressantes de ses parties prenantes. Une caractéristique essentielle me semble décrire le mieux l'entreprise mobile : l'abolition des frontières temporelles et géographiques puisque la nature même des technologies mobiles est de permettre de mettre en relation tous les acteurs de l'entreprise n'importe où et n'importe quand. Sur le plan des outils, le téléphone mobile est évidemment de loin l'outil le plus utilisé suivi par le PC portable dans ses différentes variantes dont un PC particulier dont l'écran se retourne : le Tablet PC. De nouveaux outils ont fait leur apparition depuis quelques années et sont en développement exponentiel, principalement le fameux Smartphone qui combine les fonctions de téléphone, Internet, gestion des mails voire plus. Sur ce dernier point, une mention particulière doit être faite à propos des outils nomades qui, comme le Blackberry, permettent d'obtenir ses mails sans avoir même besoin de se connecter. Cette caractéristique particulière provoque chez les utilisateurs de cet outil des comportements additifs que certains appellent le "Crackberry"... Une dernière remarque : il ne faut pas oublier que ces outils ne seraient pas nomades sans les infrastructures des réseaux sans fil de type GSM, Wifi ou Wimax. Il suffit pour s'en convaincre d'observer notre énervement lorsque, dans un TGV par exemple, notre communication téléphonique est brutalement coupée par la discontinuité du réseau GSM.
Pour reprendre votre constat, point de départ de l'ouvrage, comment expliquer que plus l'entreprise est grande, moins elle s'équipe en outils nomades ?
C'est une question très intéressante car elle soulève évidemment la question de la capacité de l'entreprise à faire évoluer ses modes d'organisation et de fonctionnement en dehors bien sûr du problème du montant de l'investissement que représente la généralisation des outils mobiles dans l'entreprise. La grande entreprise, dans ses structures et ses processus, est bien sûr beaucoup plus complexe que l'entreprise moyenne et petite : l'une des conséquences de la taille est celle de la sécurité des systèmes d'information qu'elle doit impérativement assurer. Le développement des technologies mobiles rend cette question de la sécurité plus difficile à résoudre en termes d'accès aux réseaux de l'entreprise et tout simplement de risques de vol des outils nomades dans lesquels peuvent se trouver stockées des informations confidentielles. On peut donc comprendre la réticence des grandes organisations à généraliser trop rapidement des outils comme le PC portable, par exemple, dans la mesure où la perte ou le vol d'un tel outil peut représenter un risque très sérieux pour les activités. Au-delà de la question la sécurité, c'est bien la capacité de l'entreprise à changer qui est interpellée : or, pour la première fois dans l'histoire des technologies de l'information, ce sont les utilisateurs eux-mêmes qui poussent l'entreprise à évoluer. Les jeunes recrutés, issus de la fameuse Net Generation, souhaitent intégrer une entreprise qui montre des signes évidents de modernisme. Sur ce plan, les technologies mobiles jouent un rôle de catalyseur car elles symbolisent bien une Société ou le zapping et le multitâches sont devenus des règles plutôt que des exceptions. La grande entreprise se verra donc contrainte de plus en plus de faire évoluer ses modes d'organisation et de fonctionnement par la généralisation des outils nomades sous la pression de ses jeunes collaborateurs de plus en plus impatients et exigeants.
La plupart des travaux sur les technologies mobiles partent du principe selon lequel la technologie est socialement neutre et s'intéressent aux conséquences techniques de l'usage des technologies ; quelle a été votre vision à vous pour l'étude ?
Comme vous pouvez le voir, dès les premières pages de mon livre, j'insiste sur le fait que le choix de s'intéresser aux conséquences organisationnelles et humaines des technologies mobiles part du constat que ces technologies sont souvent introduites et généralisées avec ce que j'appelle " la logique de l'ingénieur". Je n'ai évidemment rien contre la profession très honorable d'ingénieur, mais on peut rester un peu perplexe lorsqu'on constate que, en dépit de nombreux travaux depuis plus d'un demi-siècle sur l'impact social des technologies, ces outils nomades sont mis en oeuvre sans en mesurer réellement l'impact sur le plan organisationnel et humain. Que peut donc dire en effet à des vendeurs de terrain qui, auparavant, avaient une certaine autonomie dans l'exercice de leur métier et qui, aujourd'hui avec les outils nomades, sont constamment en relation avec leur chef et leurs clients qui leur imposent désormais des contraintes inconnues jusqu'alors ? Au total, ont-ils gagné ou perdu en se dotant, par exemple, d'un téléphone mobile et/ou un PC portable équipé 3 G ? D'un côté, ils ont en effet gagné plus de flexibilité et de réactivité en pouvant réorganiser en permanence leur activité mais, d'un autre côté, ils ont perdu en autonomie et en contrôle quand leur chef ou leurs clients les appellent en permanence voire même exercent sur eux une surveillance rapprochée par la fameuse technique de géolocalisation. Cet exemple, comme beaucoup d'autres développés dans le livre, montre à l'évidence que l'introduction des technologies mobiles n'est pas socialement neutre et qu'il serait temps que, notamment, les DRH se mobilisent lorsque se développent des projets de changement technologique de cette ampleur. Les conséquences de l'usage de ces outils nomades sur les individus, par exemple en termes de stress et de temps de travail, devraient un sujet d'intérêt et de préoccupation pour la fonction RH qui, selon les observations effectuées dans le cadre de ce livre, reste malheureusement largement absente du débat.
Plus largement, quelles sont les caractéristiques des groupes virtuels et en général du management en réseau ?
Cette question sort du cadre strict de la mobilité puisqu'on peut être en fonctionnement d'équipes virtuelles sans pour autant être mobile. Un certain nombre d'entreprises ont des équipes de R&D ou d'autres activités mondiales réparties tout autour du globe et qui fonctionnent évidemment en équipes virtuelles avec la pratique du management en réseau. Ce qui rapproche néanmoins les caractéristiques des groupes virtuels de celle de l'entreprise mobile est le fait, que dans les deux cas, on est en présence d'une abolition des frontières temporelles et géographiques. Par définition, les groupes virtuels sont des groupes où les participants ne se rencontrent pas, voire jamais, et bien souvent dans des zones géographiques où les décalages horaires sont très importants. Les participants des groupes virtuels, à la différence des groupes classiques, doivent faire preuve de beaucoup plus d'empathie car ils doivent comprendre la situation des autres situés dans d'autres lieux, d'autres cultures, d'autres temps. Une caractéristique essentielle du bon fonctionnement des groupes virtuels et plus généralement du management en réseau est l'importance de la confiance. Les règles et les normes ne suffisent évidemment pas, on doit pouvoir s'appuyer sur l'autre sans être physiquement en sa présence. Le management en réseau s'inscrit parfaitement dans cette logique avec en plus l'idée selon laquelle un réseau n'est pas hiérarchique : les centres d'expertise et de compétences sont répartis dans toute l'organisation sans qu'il y ait la hiérarchie que l'on retrouve dans les organisations pyramidales. Le rôle joué par les technologies, qu'elles soient mobiles ou non, dans le fonctionnement des groupes virtuels, et plus généralement du management en réseau, est déterminant en tant que condition nécessaire : sans technologies, impossible de communiquer à distance, donc pas de groupes virtuels ni de management en réseau. Mais ces technologies ne sont cependant pas une condition suffisante car, comme je le soulignais dans la réponse précédente, elles ne sont pas socialement neutres : il faut d'abord créer les conditions organisationnelles et humaines du développement des groupes virtuels et du management en réseau.
Pour résumer, d’après vous, quels sont les avantages des technologies mobiles ? Pour le salarié ? Pour l'entreprise ?
Le premier avantage, pour le salarié, mis en avant dans le livre concerne l’optimisation et les gains de temps, avec une rentabilisation de temps auparavant considérés comme « morts », tels que les temps d’attente dans les salles d’embarquement des aéroports. Un deuxième aspect positif que perçoivent les individus est celui d’une meilleure maîtrise de l’organisation de leur travail en développant leur autonomie et de la flexibilité par rapport aux exigences de leur activité professionnelle. Plus généralement, l’efficacité personnelle s’améliore, avec le sentiment d’en faire plus sans pour autant un accroissement des moyens. Une autre conséquence très positive liée au développement de ces technologies mobiles est, pour les individus, la possibilité de joindre leurs partenaires, particulièrement les clients, et d’être joints eux-mêmes n’importe où et n’importe quand, ce qui leur permet, soulignent-ils, de renforcer considérablement leur réactivité. Enfin, et ce n’est pas le moindre avantage, les personnes interrogées mettent l’accent sur le développement de leurs compétences et plus généralement de leur professionnalisme : ainsi, les vendeurs voient leur rôle renforcé face à leurs clients lorsqu’ils sont capables de répondre sur le champ à des demandes complexes, faisant appel à des informations auxquelles ils peuvent accéder par l’intermédiaire des outils nomades.
Enfin je voudrais terminer, si vous me le permettez, avec un inventaire des risques également, pour le salarié, que j'ai déjà évoqués, pour certains, dans les réponses précédentes mais qui sont analysés plus longuement dans le chapitre six du livre : pour les individus, en effet, les risques ne sont pas non plus négligeables dans la mesure où l’usage des technologies mobiles est susceptible de transformer le contenu et l’exercice d’un grand nombre de métiers, comme celui de vendeur de terrain évoqué plus haut. Le premier risque pour les individus est celui d’une rupture de plus en plus nette des frontières entre travail et non-travail, avec un débordement grandissant du premier sur le second. Le second risque est le développement d’une culture de plus en plus marquée par l’instantanéité avec, comme corollaire, une augmentation du stress entraînant de possibles effets négatifs sur la performance de l’organisation. Le troisième risque est celui de la surcharge informationnelle pour les individus eux-mêmes, avec une augmentation du niveau de stress en raison de l’excès d’informations qu’ils reçoivent et qu’ils ont à traiter. Le quatrième risque est celui du contrôle systématique des activités, vécu comme une perte progressive de l’autonomie, en raison notamment des capacités nouvelles de mesure des activités et surtout de traçabilité offertes par les outils mobiles. Le dernier risque, pour les individus, est celui de l’ergonomie inadaptée de certains outils mobiles, dont notamment le poids et les modalités d’utilisation font l’objet de critiques de la part des utilisateurs.
CH Besseyre des Horts, PhD
Chair Professor HEC-Toshiba "Mobilité & Organisation"
Scientific Director MS HEC Management Stratégique des RH
12:25 Ecrit par La bibliothèque NextModerne dans Innovation , Interviews d'auteurs , Marketing / Etudes , NTIC / Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : L'entreprise mobile, Besseyre des Horts, réseau sans fil, blackberry, PC portable, Tablet PC, GSM
07.02.2008
Organisation 2.0 - Martin Roulleaux Dugage
Nous recevons Martin Roulleaux Dugage pour son livre Organisation 2.0, le knowledge management nouvelle génération ; mettre en place des communautés de pratique dans l’entreprise
l'interview vidéo de Martin Roulleau Dugage :
Entretien avec Marc de Fouchécour
" Ce qu'on appelait Knowledge management est aujourd'hui en profonde mutation. Longtemps Focalisé sur la collecte et le classement de données, l'apparition du web 2.0 et son modèle d'intelligence participative lui offre désormais de nouvelles perspectives : décloisonner le management et connecter les personnes. Véritable guide méthodologique, cet ouvrage propose des outils pour mettre en place des réseaux de savoirs et des communautés de pratique qui s'impliquent et s'approprient collectivement les objectifs de l'entreprise. Il fournit égalemment des indicateurs pour évaluer la performance de ces communautés et des exemples issus de cas d'entreprises qui appliquent ces méthodes. "
Ingénieur Civil des Mines de Paris et MBA de l'INSEAD, ancien ingénieur chez Dassault Aviation et consultant chez Stratorg, Martin Roulleaux Dugage a dirigé des équipes marketing er R&D chez Schneider Electric avant de prendre la direction en 2002 du programme Knowledge Management qui a valu à Schneider Electric de recevoir le prestigieux MAKE Award en 2005. Il est actuellement Directeur et Knowledge Officer chez PricewaterhouseCoopers.
En bonus audio, 2 autres questions posées à Martin Roulleaux Dugage
Quel sera l'impact des nouvelles generations, "digital native", dans les entreprises ? Vont-elles précipiter les crises ou peuvent-elles être un vecteur de changement ?
Comment survivre aujourd'hui dans des entreprises shizophrènes qui à la fois nous imposent un contrôle de plus en plus serré et analytique de nos activités et de notre temps, et nous demandent d'être de plus en plus réactifs et innovants ce qui comme vous le soulignez exige de "rendre un space de liberté aux employés ?"
18:40 Ecrit par La bibliothèque NextModerne | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Knowledge management, martin Roulleaux Dugage, organisation 2.0, nouvelle generation
29.01.2008
Benoit Virole : Shell
Shell, par Benoit Virole, psychanalyste, spécialiste des mondes virtuels
Editions Hachette Littératures
Interview Catherine Fournier-Montgieux, pour Nextmodernity
A travers votre roman Shell (Hachette Littératures 2007), vous faites entrer le lecteur dans un univers encore très confidentiel et surtout très improbable pour beaucoup, celui des jeux vidéos et univers virtuels persistants ; comment en êtes-vous venu à vous intéresser à ces univers ?
Les univers virtuels sont des espaces extraordinaires dans lesquels toutes sortes de situations nouvelles et de problématiques inédites peuvent être posées : Qu'est ce que l'identité de soi, de quelle nature est notre relation au corps, comment construisons nous notre sens de la réalité ? etc. Tout honnête homme contemporain ne peut être, au minimum, qu'intrigué par ces nouveaux univers qui constituent une évolution anthropologique considérable, sans doute comparable dans l'histoire à la survenue de l'imprimerie... Ces univers, en particulier les jeux vidéo qui utilisent des mondes persistants continuant à évoluer même quand le joueur est déconnecté, créent les conditions d'un nouvel imaginaire romanesque...d'où ce roman où le narrateur va devoir s'immerger dans ces mondes jusqu'à la déraison et y faire d'étonnantes rencontres.
Quelle est votre vision, en tant qu’analyste, de ces univers virtuels ?
Les univers virtuels dévoilent les fantasmes des concepteurs comme des joueurs, et de façon plus globale du corps social. Ils deviennent des espaces de concrétisation de désir dans lesquels la contemplation d'une action réalisée par son avatar remplace le plaisir à penser... Il y a là toute une dimension psychique passionnante à étudier à partir du point de vue de la psychanalyse... Un des points central concerne l'économie de mouvement : lors d'un acte virtuel, le sujet réalise une action sans qu'il y ait la décharge énergétique corollaire, nécessaire à l'effectuation physique réelle, mais cette énergie est cependant mobilisée psychiquement lors de l'acte virtuel et elle se décharge dans un affect de plaisir. C'est pour cela que les mouvements réalisés dans le virtuel nous procurent du plaisir, en plus de la jouissance à réaliser virtuellement ce que nous ne pouvons faire dans la réalité (voler librement dans les airs, comme dans Second Life, par exemple). Bref, le virtuel ouvre de nouvelles problématiques théoriques tant en psychologie cognitive qu'en psychanalyse.
Les mondes virtuels sont souvent idéalisés, on aime particulièrement s'y représenter jeunes, beaux, dynamiques et pleins d'amis ; n'y a-t-il pas une forme de fuite devant la réalité ?
C'est plutôt la création d'une nouvelle réalité conforme au désir (ou à ce que l'on croît être son désir) permettant de disjoindre le corps réel de la représentation virtuelle. La notion de fuite de la réalité doit à mon sens être relativisée. La lecture, la télé ou le cinéma pourraient être aussi considérées comme des fuites. Il s'agit plutôt d'une extension du monde réel à un autre monde, virtuel, dans lequel la représentation de soi est libérée des contraintes du réel et peut suivre des réalisations de désir (se représenter sous un corps autre, réaliser des choses impossibles dans le réel, par exemple).
Mais plus profondément, il faut considérer l'attraction du virtuel comme relevant de la nécessité chez l'homme de découvrir des espaces nouveaux. D'une certaine façon, il n'existe plus aujourd'hui dans la réalité de contrées inexplorées ou de territoires vierges à conquérir. L'espace est encore hors de portée pour les hommes ordinaires... Il reste le virtuel comme géographie nouvelle pour le désir de conquête... Je crois que l'attractivité forte, parfois l'addiction, des adolescents pour les jeux vidéo à monde persistant relèvent fondamentalement de ce besoin d'aventure qui n'est pas un besoin trivial, mais bien une caractéristique structurelle de l'adolescence.
Comment établir un lien entre les univers virtuels et des objectifs à visée thérapeutique ?
L'immersion conjointe du patient et du thérapeute dans un univers virtuel offre les conditions d'une expérience, au sens noble du terme, partagée, dans laquelle les affects sont fortement mobilisés et ainsi permettent un accès plus direct au monde intérieur du patient.
Mais il s'agit là d'une approche thérapeutique complexe, difficile, non miraculeuse, malgré le battage médiatique qui est fait autour de cela. En pratique, elle est surtout réalisée avec les adolescents et les enfants... et elle ne substitue pas à la nécessité de l'élaboration verbale.
Pour dire les choses rapidement, les mondes virtuels constituent des espaces transitionnels dans lesquels analyste et patient partagent une expérience permettant une élaboration des conflits inconscients. Par exemple, un adolescent soumis à des fantasmes de destruction du monde pourra réaliser, virtuellement, ce fantasme en présence de son analyste qui dès lors pourra le percevoir et agir, éventuellement, par une interprétation si le contexte transférentiel le permet. D'autres approches utilisent le virtuel à fins de rééducation comportementale, en particulier pour le traitement des phobies, où l'exposition virtuelle à l'objet phobique est censée désensibiliser progressivement le sujet et le libérer de sa phobie. Pour moi, ce n'est pas l'aspect le plus intéressant de l'utilisation thérapeutique du virtuel, même si l'efficacité semble au rendez vous. Les concepts d'immersion et d'attribution d'un sens à une réalité fictive me paraissent des notions beaucoup plus profondes et riches d'implications...
Vous évoquez l’idée de "réification" présente dans les univers virtuels ; pouvez-vous en dire quelques mots, notamment par rapport au monde professionnel virtualisé qui se dessine aujourd'hui ?
Les univers virtuels invitent à l'auto présentation de soi sous la forme d'un personnage numérique qui représente le sujet auprès d'autres sujets connectés dans le même monde et qui sont eux mêmes représentés sous forme d'avatars. Il s'agit là d'un dispositif ou l'inauthencité est la règle, où elle est érigée en tant que système : on doit se montrer aux autres différents de ce qu'on est en réalité, en particulier par le choix d'un pseudonyme et d'un corps numérique différent du corps réel. Ces univers deviennent des espaces de transaction généralisée. On se présente à l'autre sous une image pour obtenir quelque chose de l'autre, ne serait-ce que l'obtention d'un contact. Les univers virtuels préfigurent ainsi l'évolution générale vers la réification qu'annonçait Marx. Toute relation humaine devient objet.
La réification est ainsi marquée par l’objectivation mercantile de l’autre, la négation de l’intériorité de l’autre comme de la sienne. Les univers virtuels tels Second life illustre cette évolution de façon spectaculaire.
Quelles sont évolutions probables selon vous de cette nouvelle réalité ?
La réalité virtuelle aujourd'hui existe dans le monde du jeu vidéo, dans les sites de rencontre (second life), dans les sites commerciaux (galeries marchandes virtuelles) , dans les simulations de conduite (avions, voiture, engins..), dans la conception assistée par ordinateur d'objets, dans la simulation d'événements... Elle va s'étendre à des utilisations telles que la formation professionnelle, la simulation de conflits en entreprises, ou bien encore le recrutement, l'évaluation des compétences, mais aussi la recherche scientifique, la modèlisation des connaissances, l'aide aux handicapés, le traitement psychologique et psychiatrique, etc. sans compter bien évidemment les espaces d'aventure et de création artistique. Le virtuel est devenue la nouvelle frontière...
Benoît Virole
benoit.virole@wanadoo.fr
En savoir plus :
www.benoitvirole.com
(Littérature, Psychopathologie,Réalité Virtuelle...)
16:00 Ecrit par La bibliothèque NextModerne dans Communication / Psycho , Développement / "Humanitude" , Innovation , Interviews d'auteurs , Prospective | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : virtualité, psychanalyse, jeux vidéos, univers virtuels persistants
21.12.2007
Un ebook pour 2008 !!!
Une alternative à la lecture traditionnelle: L'ebook
Pour la nouvelle année nous avons pensé que ce serait une bonne idée que d'offrir ou de s'offrir une nouvelle façon d'aborder un livre. Nous avons eu vent de l'opération menée par Malo Girod de l'Ain, des Editions M21, qui propose un pack comprenant:
-Un lecteur ebook
-une "Bibliothèque" de 24 livres traitant des thémathiques du Web 2.0, de la prospective, du management 2.0 ( M21 Edition, FING, Silicon sentier, club sénat ...)
pour une somme de 369 euros HT
Alors si vous souhaitez demarrer l'année 2008 avec un objet original et pratique, n'hésitez pas à allez commander le pack à l'adresse suivante (et trouver toutes les informations necessaires) :
Retrouvez ci-dessous l'interview de l'enthousiaste Malo Girod de l'Ain nous parlant de son "jouet" ...
Nous vous souhaitons de très bonnes fêtes de fin d'année ainsi que le meilleur pour 2008 ....
15:45 Ecrit par La bibliothèque NextModerne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ebook, edition M21, livre electronique, malo girod de l'ain, bibliothèque nextmodernes
19.12.2007
Philippe Axel : La Révolution Musicale
La Révolution Musicale
Liberté, égalité, gratuité
par Philippe Axel, auteur et musicien
Editions Pearson, Village Mondial
Interview Catherine Fournier-Montgieux, CFM Conseil pour Nextmodernity
« La musique est au coeur de toutes les révolutions. C’est par elle que tout commence.» a déclaré Jacques Attali dans votre préface.
C’est par la musique, que commence la révolution qui se joue aujourd’hui avec Internet ?
Oui, en effet, Jacques Attali, qui a eu la gentillesse d’écrire la préface de mon livre, n’arrive pas comme un cheveu sur la soupe sur cette question. Il y travaille depuis la fin des années 70 et la parution d’un livre référence sur le sujet : Bruits. Dans ce livre, remis à jour régulièrement depuis, il explique en effet pourquoi la musique a toujours été à l’avant-garde des grandes révolutions économiques et politiques. Il prévoyait l’avènement des objets nomades et puis surtout, il expliquait déjà magnifiquement pourquoi la musique échappe aux règles de l’économie classique car elle détient des valeurs autres qu’économiques.
Pour moi la révolution qui s’annonce par la question des échanges de musique sur Internet, est double : Une révolution économique et une révolution politique. La révolution économique passera par la gratuité de tous les fichiers numériques, et cela touchera donc tous les modèles économiques actuels des productions culturelles, informatiques, du jeu vidéo etc. La révolution politique passera par la construction, par Internet, d’une démocratie internationale. Cela commencera par la constitution d’une identité collective mondiale, et ensuite cela se concrétisera par de nouvelles formes de démocratie directe ; par ceux que Michel Serres appellent : les citoiliens (ceux qui voteront par la toile). Pour cela, il faudra que les symboles culturels puissent s’échanger librement, et donc en premier lieu, la musique. Et il faudra des logiciels libres et ouverts pour contrôler les suffrages.
Vous faites une analyse très approfondie des techniques marketings mises en œuvre par les industriels du disque pour vendre la musique ; ces techniques sont tellement poussées que l’on ne sait plus en réalité si on achète l’oeuvre d’un artiste ou celle d’un expert en marketing ; comment en est-on arrivé là ?
A force de tout vouloir rationaliser pour des objectifs économiques. Il n’y a pas de question de morale là dedans. Des gens sont payés pour faire de l’argent avec de la musique, à très court terme, ils sont tentés d’utiliser pour cela des ficelles marketing extrêmes, qui vont jusqu’au conditionnement. Nous avons peur à juste titre d’une dictature culturelle de l’état, mais nous sommes assez proche d’une dictature du marketing. Moi-même, je suis conditionné. Je fais parti des ces « foules artificielles » que l’on crée par la télévision et par la radio, par ce que l’on appelle : les partenariats croisés [NDLR : Ex, en 2003, la première version de la Star Academy bénéficie du partenariat croisé TF1, Universal, NRJ]. Se battre contre cela c’est une « écologie de l’esprit » comme le souligne très justement Bernard Stiegler par exemple. Et le pire c’est que cela vise nos enfants qui perdent leur libre arbitre et qui sont ciblés comme des lapins.
D’après vous ce ne sont pas les artistes qui perdent le plus au téléchargement gratuit sur internet mais essentiellement les majors du disque ; pouvez-vous dire pourquoi ?
Nous sortons d’une ère de gestion de la rareté pour entrer dans une ère de gestion de l’abondance musicale. Pour un artiste désormais, il faudra d’abord gagner de l’attention dans la masse des œuvres produites, et la seule manière ce sera la gratuité de l’écoute. Songez qu’il y a 50 millions de pianistes en Chine, plus proche de nous, il y a quand même 130 000 auteurs répertoriés à la SACEM en France. Si l’on veut que subsiste un professionnalisme musical, il faudra ensuite opérer une sélection des meilleurs comme dans le sport ou dans l’artisanat et braquer les projecteurs sur eux pour leur permettre de gagner de l’argent. Les maisons de disques vont perdre leur pouvoir de sélection au profit des musiciens eux-mêmes et des internautes. Elles deviendront probablement des « maisons de musique » se mettant au service des meilleurs pour les aider à gérer le business des produits dérivés, éditions et autres tournées. C’est très bien parce que les maisons de disques étaient devenues arrogantes, jusqu’à vouloir créer elles-mêmes des chanteurs in-vitro, cela va les replacer dans une logique de service. Elles vont se replacer sur le parvis du temple et sortir de l’intérieur pour reprendre une métaphore biblique.
Ces mêmes maisons de disques font valoir que la musique marketing a toujours existé et que grâce à cela, il est possible de financer la qualité. Vous n’êtes pas d’accord …
C’est le colonel Parker qui a expérimenté le marketing sur Elvis Presley et donc, ce n’est pas nouveau. Je ne suis pas d’accord avec la logique qui consiste à attribuer tous les moyens à de la faible qualité ultra-médiatique, dans l’objectif, soi-disant, de financer de la grande qualité confidentielle. C’est une logique porteuse à court terme, mais désastreuse à long terme. A force de tirer sur la libido du consommateur, on la ruine. Il vaut mieux lui prendre la main et le tirer vers le haut, ensuite il devient passionné et collectionneur d’objets dérivés. Il y a deux options du marketing qui s’affrontent là.
Comment définir en fait la musique et la culture au sens large ; doit-on les considérer comme des biens comme les autres ?
Je suis allé au fond des choses, par moment ce n’est pas mal de regarder un dictionnaire et de lire, par exemple, la définition du mot « culture ». Il n’y a aucune référence au marché, au commerce, dans cette définition aussi bien lexicale, qu’étymologique. La culture, cela vient du mot « culte ». il y a des cultes religieux, mais aussi laïques et athéistes. Ce sont des échanges symboliques dans des cadres rituels. La chanson est un cadre rituel. Le but de tout cela est de créer des identités collectives, des « nous ». Nous sommes français, parce que nous avons Trenet et Barbara en commun par exemple. Donc, il faut bien faire la distinction entre la culture, dont le but final est sans doute la paix, et les produits et services dérivés culturels. De fait, le ministère de la culture devrait tirer vers la gratuité et le ministère de l’industrie vers le payant.
La question du modèle économique doit quand même se poser à un moment ; comment financer la musique : par le marché, la collectivité ?
La gratuité n’est pas un problème pour la culture, au contraire, mais c’est un problème pour les productions culturelles ambitieuses où tout le monde est payé. On nous dit, soit c’est le marché, soit c’est l’état stalinien ! Ben voyons ! Et l’équilibre alors ? Ce n’est pas possible l’équilibre, la mixité des financements ? Devons-nous choisir entre un conditionnement marketing et un conditionnement de l’état ? Je pense qu’il faut l’équilibre. Il faut le marché, et il faut le collectif. L’un alimente l’autre d’ailleurs. Ils ne s’opposent pas. Pour moi le modèle de demain sur Internet, s’inspirera fortement de ce que l’on appelle les Creative Commons Non Commercial. C'est-à-dire la gratuité des échanges et du partage dans le cadre non lucratif, et la perception des droits dans les usages lucratifs. D’ailleurs c’est totalement dans l’esprit des combats de Beaumarchais et de Victor Hugo notamment.
Vous donnez dans votre livre, d'ailleurs, de nombreuses pistes de business models innovants ; pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Dans la musique par exemple, le système de financement de la production est basé essentiellement sur la vente d’un objet dérivé : le CD. Cet objet n’apporte plus de valeur ajoutée à ce que l’on trouve gratuitement sur Internet. Donc il faut le remplacer. Deux pistes pour lui redonner de la valeur : l’interactivité et une connexion directe au spectacle vivant. C’est pourquoi j’appelle son successeur : le CD Musical Interactif.
Ensuite, il faudra appliquer des licences légales (et non pas une licence globale), sur toutes les sociétés qui réalisent des bénéfices commerciaux par l’utilisation des œuvres, au-delà d’un seuil de bénéfice définis par la loi.
Et puis, je propose aussi dans mon livre la création d’une redevance modique sur l’abonnement Internet, payée cette fois-ci par l’internaute, et permettant, un peu à la manière du minitel, de financer des contenus agréés par d’autres voies que la Pub. Parce que je pense que la pub a ses limites dans le financement des contenus. Et qu’il faudra rechercher un équilibre entre marché et collectif.
Enfin, je pense qu’il n’y aura d’économie de la musique demain, que s’il y a des sélections. Je ne dis pas qu’il faut exclure des musiques. Tout le monde peut s’exprimer sur la toile, c’est génial, c’est acquis. Mais si l’on veut qu’il reste des pros, alors il faudra labéliser, il faudra adouber les meilleurs, par des procédés démocratiques. Les mêmes qui serviront plus tard à bâtir une gouvernance mondiale.
Philippe Axel, auteur et musicien
http://www.philaxel.com/
16:55 Ecrit par La bibliothèque NextModerne dans Innovation , Interviews d'auteurs , Marketing / Etudes , NTIC / Web 2.0 , Prospective | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, téléchargement internet, téléchargement gratuit, nouveaux business models, culture, industrie musicale, marketing musical
26.11.2007
Méthode de conduite du changement
Méthode de conduite du changement
Diagnostic, accompagnement, pilotage
D. Autissier, J.M. Moutot
Interview de David Autissier, Maitre de Conférences, IAE Université Paris XII par Catherine Fournier-Montgieux, consultante Nextmodernity
Qu'est ce que la "Conduite du Changement", mot parfois valise employé par les consultants et quelles dimensions cela recouvre-t-il ?
La conduite du changement c’est un ensemble d’actions de gestion qui visent à s’assurer de l’adhésion des individus à un projet, de la réalisation des transformations souhaitées en termes culturel, organisationnel et opérationnel et de l’évolution à moyen et long terme des fondements d’une entreprise. Les salariés sont-ils embarqués dans les changements proposés et y répondent-ils de telle manière que les souhaits deviennent réalités ?
Comme tout outil de gestion, la conduite du changement est structurée à trois niveaux qui sont le diagnostic, les leviers d’action et le pilotage. Le premier est celui du diagnostic qui consiste à évaluer les changements en cours, les cibles du changement et le degré de résistance de ces cibles. Le deuxième consiste à déployer des actions de communication, de formation et d’accompagnement. Le troisième mesure le niveau d’information, de compréhension, d’adhésion et de participation des différents groupes de personnes concernées.
- Y a-t-il une évolution de la notion de conduite du changement depuis l'époque des premiers projets informatiques ?
La notion de conduite du changement est apparue à la fin des années 80 et aux débuts des années 1990 dans les grands projets informatiques et plus particulièrement les projets ERP. La question de l’assimilation par les utilisateurs a conduit les chefs de projet informatiques à déployer des actions de formation dans un premier temps et de communication dans un second. Pour qu’un outil soit bien utilisé, il fallait former les futurs utilisateurs mais également communiquer sur les apports de ce nouvel outil. Aux deux notions de communication et de formation s’est ajoutée celle d’accompagnement qui consiste en un ensemble d’actions avec des petits groupes pour trouver des solutions opérationnelles aux changements en cours. Ces trois leviers ont été encadrés par des actions de diagnostic en amont et de pilotage en aval pour constituer un ensemble intégré et causal. Ce modèle intégré décrit dans l’ouvrage « Méthode de conduite du changement » permet d’associer les démarches « leviers » aux diagnostics psychosociologiques et aux indicateurs de changement.
- Quelles sont d'après vous les principales difficultés que l'on rencontre lorsque l'on conduit le changement ?
Tout individu a peur du changement car cela l’oblige à un effort d’apprentissage. Sa réaction première sera de le refuser et ce n’est que par rationalisation en termes de progrès qu’il acceptera le changement. En Début de projet nous avons en général 10 % de proactifs, 10 % d’opposants et 80 % de neutres. La conduite du changement a pour objectif de faire basculer les passifs dans le camp des proactifs ou de les faire opter pour une posture de « neutralité bienveillante ». La principale difficulté est l’inertie des systèmes à bouger et à évoluer. L’autre difficulté est l’opposition de certains qui pensent perdre plus qu’ils n’y gagnent et la peur qu’ils ont de perdre leur zone de pouvoir et de confort. L’argumentation, le fait de rassurer et la gestion politique des acteurs à risques sont les points structurants de la conduite du changement. La conduite du changement c’est un peu comme du marketing interne, il faut toucher les utilisateurs et les prescripteurs par un positionnement et une argumentation à la fois surprenante, séductrice et lisible.
- Est-ce qu’à votre avis le travail en réseau et en collaboration est porteur en lui même de changement et si oui pourquoi ?
Le fonctionnement en réseau est porteur d’un changement qui consiste à passer d’organisations structuro-fonctionnalistes à des organisations transversales. Il n’y a pas une structure pérenne qui détermine ce qui doit être fait et comment mais des individus responsables en situation de participation à des processus orientés clients. Le changement est d’ordre culturel (passer du mode donneur d’ordre à celui de la résolution de problème collective), organisationnel (quels sont les dispositifs qui permettent cette mise en réseau), technique (la mise en place d’outils informatiques de communication) et gestionnaire (comment gérer la relation contribution/rétribution). Le simple fait de déclarer la volonté de fonctionner en réseau ne suffit pas. Il est nécessaire de créer les conditions et de mettre les individus dans des projets de transformations de leur mode de fonctionnement.
David AUTISSIER
Maître de conférences - IAE Université Gustave Eiffel Paris XII

10:25 Ecrit par La bibliothèque NextModerne dans Complexité / Epistémologie , Innovation , Interviews d'auteurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : diagnostic, accompagnement, pilotage, entreprises
26.10.2007
Guide pratique de l'intelligence relationnelle
GUIDE PRATIQUE DE L'INTELLIGENCE RELATIONNELLE
Olivier Zara, directeur de la société "Axiopole"
Interview Catherine Fournier-Montgieux, CFM Conseil pour Nextmodernity
Avant d'évoquer l'intelligence relationnelle, pouvez-vous rappeler ce qu'est l'intelligence collective ?
L’intelligence collective (IC) peut se définir comme la capacité à unir nos intelligences et nos connaissances pour atteindre un objectif. Elle se matérialise au quotidien par des coopérations intellectuelles que l’on observe en particulier dans les temps de réflexion collective. Cependant, la réflexion collective dans les entreprises est souvent faible pour des raisons de cultures, d’habitudes managériales et de technologies déficientes.
Contrairement à une croyance populaire, l’intelligence collective n’a rien à voir avec la notion de décision collective. L’intelligence collective contribue certes au processus d’émergence de la décision, mais n’impacte pas directement la prise de décision. On peut réfléchir à 10 ou à 100, et à la fin du processus, le décideur décide seul !
Le management de l’intelligence collective (MIC) regroupe l’ensemble des outils, des méthodes et des processus, qui permettent de mettre en réseau, de faire coopérer les intelligences individuelles pour atteindre un objectif commun, réaliser une mission ou un projet.
Nous pouvons comprendre l’intelligence collective comme 1+1 = 3. Il s’agit de connecter des intelligences pour produire plus et mieux. L’intelligence collective n’est finalement rien d’autre que la mise en pratique de la théorie des avantages comparatifs et des économies d’échelle au niveau des idées. Les industriels cherchent à produire au meilleur coût avec les plus compétents tous les composants d’un produit. Il en va de même dans le monde des idées avec le management de l’intelligence collective.
La littérature, d’une manière générale, évoque la « culture de masse », terme souvent péjoratif , qu'elle oppose à la culture élitiste, où l'intelligence est le fait d'une petite élite uniquement ; va-t-on, avec l’intelligence collective, vers l'émergence d'une nouvelle donne sociologique ?
La littérature parle de « culture de masse » parce qu’elle est produite par « l’élite intellectuelle ». L’intelligence collective remet en cause leur monopole implicite de l’intelligence. En simplifiant, on pourrait décrire leur vision du monde ainsi :
- il faut des idiots pour que les intellectuels existent
- il faut beaucoup d’idiots, qui deviennent la masse, pour que les intellectuels deviennent l’élite.
Etre un intellectuel permet ainsi de faire partie d’une élite qui monopolise implicitement le droit à l’intelligence. A l’inverse, si on reconnaît le principe d’une diversité d’intelligences, si on pense que chacun apporte une valeur ajoutée à sa manière dans ce qu’il fait ou ce qu’il dit, si on admet que chacun à des forces et des faiblesses tant au niveau de ses connaissances que de ses intelligences, alors tout le monde devient plus ou moins intellectuel et l’élite n’est plus une élite ! La pyramide hiérarchique qui irrigue nos cultures s’effondre et laisse place à la transversalité (fonctionnement en mode projet, décloisonnement des modes de communication et de collaboration,…) et au management de l’intelligence collective, qui ne remet pas en cause la répartition du pouvoir mais son exercice. L’objectif du management de l’intelligence collective n’est pas de donner un pouvoir égal à tous, mais d’inciter ceux qui ont le pouvoir à mobiliser toutes les intelligences et les connaissances de chacun.
L’intelligence collective semble donc être perçue par les experts, universitaires ou intellectuels comme une menace. L’intelligence, c’est quand même leur fond de commerce ! Mais, leurs attaques contre l’intelligence collective sont souvent implicites, sournoises, cherchant à semer le doute et la confusion, car si elles devaient devenir explicites, alors il faudrait répondre à cette question : si l’intelligence collective est un mythe, est-ce que cela signifie que la c… collective est une réalité ?
Dans l’entreprise, quelles sont les difficultés les plus souvent rencontrées lorsqu’on cherche à mettre en oeuvre une culture de coopération ?
L’intelligence collective a toujours existé. Elle existe dans les entreprises comme ailleurs. Mais elle est informelle, artisanale et au bon vouloir des uns des autres en fonction des affinités. Nos ancêtres pouvaient certainement s’en contenter pour la chasse, la cueillette ou l’agriculture. Mais aujourd’hui, la complexité des marchés, des technologies et la mondialisation nécessitent une démarche volontaire et structurée pour rendre efficace les coopérations intellectuelles. Les crises financières mondiales et les faillites brutales de grands groupes illustrent l’urgence du changement.
Cependant, la diffusion de l’intelligence collective est encore très lente pour de nombreuses raisons. Les structures des entreprises sont par exemple trop souvent organisées sur un mode pyramidal/hiérarchique qui brise le potentiel d’intelligence collective qui existe dans l’organisation. Il y a également le manque de compétences : savoir coopérer n’est pas naturel, c’est une compétence ! Il y a malheureusement beaucoup d’autres freins. Le management incantatoire et gesticulatoire du type « Coopérez ! » n’aidera pas à lever ces freins…
Le « guide pratique de l’intelligence relationnelle » est-il un outil pour tout manager ? Ou faut-il avoir une sensibilité à la culture coopérative avant de s’engager dans la démarche ?
Lorsque j’ai écrit mon premier livre “Le management de l’intelligence collective”, je voulais montrer les pré-requis à l’implémentation des technologies qu’on appelle aujourd’hui “Web 2.0″. Ces pré-requis, on peut les résumer ainsi : un vouloir coopérer, un savoir coopérer et un pouvoir coopérer.
Durant mes missions, je me suis rendu compte qu’il y avait aussi des pré-requis au vouloir, savoir et pouvoir coopérer ! Ce constat a conduit à la conception d’une pyramide du management (comportemental) :
Au sommet de cette pyramide, on trouve le management de l’intelligence collective. A la base, on trouve l’intelligence relationnelle (management individuel et collectif). Le guide pratique de l’intelligence relationnelle est donc un outil pour tout manager quel que soit son niveau hiérarchique. L’intelligence relationnelle est un pré-requis à l’intelligence collective. C’est le socle sur lequel repose l’intelligence collective.
Olivier Zara, directeur Axiopole
Pour aller plus loin :
- De l’intelligence relationnelle à l’intelligence collective
http://blog.axiopole.info/2007/06/07/intelligence-relatio...
- De l’efficacité culturelle à l’efficacité collective ?
http://blog.axiopole.info/2007/04/05/efficacite-culturell...
Jusqu'au 31 décembre 2007, il y a une offre de lancement pour obtenir le guide pratique de l’intelligence relationnelle gratuitement. Après cette date, pour ceux qui ne seront pas déjà inscrits, l'accès au site du livre sera payant : 39$ CAD ou 27 euros.
18:10 Ecrit par La bibliothèque NextModerne dans Communication / Psycho , Intelligence Collective / Km , Interviews d'auteurs , Sociologie / Anthropologie / Philo | Lien permanent | Commentaires (0) |












